Home Non classé « Le chiffre de l’humiliation est un ratio moyen de 113 élèves pour une cabine de toilette ; c’est une négligence inacceptable » dixit Eugénie Zang, Présidente de Djondo Clean.
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« Le chiffre de l’humiliation est un ratio moyen de 113 élèves pour une cabine de toilette ; c’est une négligence inacceptable » dixit Eugénie Zang, Présidente de Djondo Clean.

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La Présidente de Djondo Clean, Zang Eugénie, samedi 22 novembre 2025 à Nzeng-Ayong.

Dans le prolongement des festivités marquant la journée mondiale des
toilettes célébrée en différé samedi 22 novembre dernier à Libreville,
la Présidente de l’Association Djondo Clean, Eugénie Zang, revient sur
les principaux enjeux de la dite journée avant de prospecter l’avenir.

Paraclet News:
Madame la Présidente, s’il vous était donné de fixer les principaux
enjeux de la journée mondiale des toilettes 2025 que vous venez de
célébrer ici au Rond-point de Nzeng-Ayong que direz-vous aux
populations?

-Présidente Djondo Clean:

C’est un plaidoyer passionné et structuré sur un sujet qui touche
directement et personnellement chaque Gabonais au quotidien : la
dignité, l’hygiène, la santé et les droits fondamentaux.
Les gens sont concernés et veulent des réponses.
L’Association Djondo Clean vous a conviés ce 22 novembre 2025, par
souci d’organisation et de logistique, pour commémorer la Journée
Mondiale des Toilettes (JMT) instituée par l’ONU chaque 19 novembre.
Mais force est de constater aujourd’hui que, malgré l’importance
capitale de cette date, la Journée mondiale des toilettes reste
largement méconnue de nombreux Gabonais. C’est une méconnaissance qui
illustre le tabou et le manque de priorité accordée à
l’assainissement.

Paraclet News: Vous venez de dire que la journée mondiale des
toilettes reste largement méconnue de nombreux Gabonais et comment
envisagez-vous y remédier?

-Face à ce constat, l’association Djondo Clean s’engage fermement à y
remédier par des campagnes de sensibilisation ciblées.
Arrondissement par arrondissement, nous allons faire connaître cette
journée et surtout, éduquer sur les enjeux vitaux qui y sont liés.
Cette célébration vise ainsi à sensibiliser à la crise mondiale de
l’assainissement et à accélérer l’action pour l’accomplissement de
l’objectif de Développement Durable numéro 6 (ODD 6 : Eau propre et
Assainissement), dont l’échéance est fixée à 2030.

Paraclet News: Le Gabon est-il près d’atteindre cet objectif de l’ODD
d’ici cinq ans?

-Soyons clairs : à cinq ans de cette échéance, l’ONU informe que le
monde n’est pas près d’atteindre cet objectif, et le Gabon encore
moins. C’est pourquoi notre action ne peut plus être ordinaire, elle
doit être une urgence nationale.
Le Thème de l’ONU, cette année, est révélateur. Il nous dit que :
Quelles que soient les évolutions du monde, certaines choses ne
changeront jamais. « Nous aurons toujours besoin de toilettes ».

Paraclet News: Cette posture Onusienne vous décourage -t-elle dans
votre combat ?

-L’Organisation est catégorique : nous devons de toute urgence
investir dans des installations sanitaires adaptées aux évolutions.
Ces évolutions ne sont plus des théories, elles sont là dans nos vies.
Et, justement, l’évolution pour nous au Gabon, c’est la Cinquième
République ! Ce thème de la mutation tombe ainsi à point nommé et nous
interpelle directement.

Paraclet News: Peut-on parler de dignité quand l’accès à
l’assainissement est bafoué?

-Dans la droite ligne du « Rendez-vous de la Dignité » qui se profile à
l’horizon de notre nation, nous disons qu’il est impossible de parler
de dignité quand l’accès à l’assainissement est bafoué.
Pour bâtir cette dignité, il faut des acteurs engagés. Nous saluons
ici et maintenant l’engagement inestimable de :
• Satoga, pour son appui renouvelé et concret à la promotion de l’hygiène ;
• La Boulangerie-Pâtisserie L’Escale, pour sa généreuse contribution
auprès de nos équipes ;
• Monsieur Ekouaghe Anzele Jean de Dieu, pour son assistance
logistique essentielle à notre action sur le terrain.
Ces soutiens confirment que la dignité de nos concitoyens est une
cause commune, car le scandale que nous devons affronter est immense
et historique. Le scandale, c’est ce contrat social brisé et ce
dommage humain.
Et pour parler de dignité, il faut parler vrai.
Le constat est sans appel : depuis le 17 août 1960, les toilettes
publiques sont cruellement invisibles. Ce n’est pas un oubli passager,
c’est une carence historique. C’est le contrat social de base qui est
rompu.
Aujourd’hui, l’indignité semble devenue la norme :
• Les toilettes publiques disparues de nos villes, .obligent des
milliers de Gabonais, à accomplir ce que l’ONU appelle l’acte le plus
honteux : ‘’ la défécation à l’air libre. ».

Paraclet News: A vous entendre parlé madame la Présidente le constat
est alarmant sur le terrain !

-Effectivement Monsieur le Journaliste, dans nos administrations et
hôpitaux, symboles de l’État, la situation est tout aussi déplorable.
Cette tragédie frappe surtout l’innocence de nos enfants, cette future
élite. Le chiffre de l’humiliation est un ratio moyen de 113 élèves
pour une cabine de toilette ; c’est une négligence inacceptable.
Plus grave, cette négligence crée des traumatismes :
Le nettoyage forcé des toilettes par punition leur enseigne que
Propreté = Punition = Humiliation.
L’école ne doit plus jamais être le lieu où l’on apprend à l’élève à
haïr l’hygiène. Quel comportement aura-t-il devenu adulte ?
Ces conséquences ne s’arrêtent d’ailleurs pas au physique : La honte,
l’odeur constante, le manque d’intimité créent un stress chronique.
L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) est catégorique :
l’insalubrité peut rendre malade non seulement physiquement, mais
aussi mentalement.
Vivre dans l’insalubrité, c’est choisir de se punir pour rester malade
Cet acte (la défécation à l’air libre) est une double agression :
• Contre soi-même, par la violation de l’intimité et de la dignité.
• Contre le territoire de tous, par la pollution.

Le travail citoyen des associations, ONG et bénévoles se heurte chaque
jour à l’absence criante d’infrastructures et de budgets étatiques.

Paraclet News: Existe-t-il une loi au Gabon pour sanctionner ceux ou
celles qui défèquent dans la nature en ville?

Le citoyen est contraint, par le manque d’installations, de commettre
deux fautes graves contre la loi :
• Les excréments humains, concentrés de germes, deviennent un déchet
sauvage, une faute pourtant sanctionnée par la Loi sur
l’Environnement.
• L’acte de se montrer en public pour uriner ou déféquer est une
atteinte à la pudeur, une faute sanctionnée par le Code Pénal.
L’État, en ne fournissant pas les infrastructures, force le citoyen à
enfreindre ces lois. La dignité ne se mendie pas. Elle est ou doit
être l’âme de la 5ème République.

Paraclet News: D’autres facteurs majeurs de l’indignité subsistent-ils
sur le terrain?

-L’indignité se propage là où l’on mange et se divertit (troquets,
marchés), posant des risques sanitaires immédiats. De plus, le
problème de l’assainissement est aggravé par des facteurs externes
majeurs :
Quand l’ONU parle de « monde en mutation », il évoque aussi le
changement climatique. La montée des eaux, les inondations, rendent
nos fosses septiques et latrines précaires encore plus dangereuses.
Cette carence devient une forme de discrimination contre les plus vulnérables :
• Personnes en Situation de Handicap (PSH) : Plus de 72 % des
toilettes dans nos écoles ne sont pas accessibles.
• Les plus fragiles : Des Gabonais souffrant de troubles mentaux, sans
statut ni prise en charge.

Paraclet News: Est-ce que le problème récurrent de pénurie d’eau
pourrait aussi justifier cet état de chose?

-Le Gabon ne manque pourtant pas d’eau, mais elle n’arrive pas.
L’échec de la SEEG compromet le droit constitutionnel à l’eau. Or, cet
accès à l’eau est un droit humain fondamental et la condition sine qua
non de la santé publique pour l’ensemble des Gabonais et de nos
écoles.
Cette situation est d’autant plus inacceptable que l’Objectif de
Développement Durable numéro 3 (ODD 3 : « Bonne santé et bien-être »)
fait partie des engagements auxquels le Gabon a souscrit au niveau
international.
Pendant ce temps, nous sommes confrontés à de massives fuites d’eau
potable, avant et après compteurs, au vu et au su des releveurs de la
SEEG, démontrant une gestion défaillante et un manque de considération
pour la ressource et les citoyens.
La seule vérité est là :
« L’être humain est le seul animal qui doit remplacer son instinct de
propreté par une loi écrite, une infrastructure et un budget. »

Paraclet News: La 5ème République se construirait-elle sur des
fondations d’insalubrité selon vous?

-Pourquoi La 5ème République se construirait-elle sur des fondations
d’insalubrité ? C’est la raison pour laquelle je nous invite à écouter
l’appel de la Présidente du Sénat, afin de repenser notre modèle.
L’Association DJONDO CLEAN appelle solennellement à la tenue des États
Généraux de l’Assainissement au Gabon. Un tel rassemblement doit faire
plus qu’un diagnostic ; il doit fixer des objectifs mesurables et une
vision stratégique pour la Nation.
Pour traduire cette volonté nationale en actes concrets, nous
sollicitons l’adoption immédiate des mesures suivantes :
Premièrement : L’Objectif Zéro Indignité Scolaire, avec un calendrier
de deux ans.
Cela implique plusieurs étapes :
Deuxièmement : L’urgence. Nous demandons de décréter une Urgence
Sanitaire Scolaire pour éradiquer les vingt pour cent (20 %) d’écoles
sans aucune latrine d’ici deux ans, soit fin deux mille vingt-sept
(2027).
Troisièmement, Jalon numéro un, dans six mois : Un audit sanitaire
complet et public de toutes les écoles du Grand Libreville.
Quatrièmement, Jalon numéro deux, dans vingt-quatre mois : L’atteinte
concrète de l’objectif de latrines décentes dans tous les
établissements ciblés. »
Pour les financements,
• Nous demandons la création d’un Fonds d’Urgence national pour la
réhabilitation des infrastructures publiques, alimenté principalement
par l’État (Réaffectation budgétaire) et par des Facilités de Crédit
des Partenaires Techniques et Financiers (PTF) (Banque Mondiale, BAD,
etc.).
• Nous recommandons fortement que ces financements soient
immédiatement traduits en Appels d’Offres Publics Ouverts et non
discrétionnaires, garantissant ainsi des opportunités concrètes aux
PME gabonaises du secteur. »

Les États Généraux doivent mettre l’accent sur la valorisation des
boues de vidange (biogaz, compost) pour transformer ce scandale
sanitaire en richesse.
•Travailler à la mise en place d’une Circulaire Pédagogique
interdisant les punitions humiliantes.
Œuvrer pour des inspections sanitaires transparentes et rigoureuses,
dont les rapports officiels feront ressortir non seulement les
manquements individuels, mais aussi l’absence criante
d’infrastructures publiques
Si l’État a sa part de responsabilité, nous, citoyens, devons aussi
assumer la nôtre.
Nous encourageons chaque citoyen à cesser immédiatement le déversement
des effluents de fosses septiques dans les caniveaux.
-Soyons vigilants et signalons systématiquement les infrastructures
publiques défectueuses.
-Veillons à maintenir la propreté de l’espace commun, c’est affirmer :
« Je suis digne, je me respecte, et je respecte tous les autres
utilisateurs de cet espace. »
Le Gabon que nous voulons, propre, sain et digne, sera l’œuvre de nous tous.
-Faisons de cette journée mondiale le point de départ de la révolution
de la dignité !
Car, comme l’a si bien dit l’ONU : « Les toilettes sont des espaces de paix.»
La paix commence par le respect de soi et de l’autre.
-Respectons cette paix en adoptant un geste simple, mais essentiel :
se laver les mains car c’est le geste santé obligatoire.

Je vous remercie.

Entretien Réalisé par Rufin Martial Oke Nze

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