Tribune Libre:
Monsieur le Président de la République,
Au-delà de toute critique partisane, permettez-moi, à l’occasion du premier anniversaire de votre mandature, de partager avec vous une analyse citoyenne.
Il y a un an, le 12 avril 2025, vous étiez plébiscité avec 94,85 % des voix. Ce vote faisait suite au « coup de libération » du 30 août 2023, salué par une immense majorité de Gabonais. Le 3 mai 2025 marquait ensuite la fin de la Transition et l’avènement de la 5ème République, vous consacrant Chef de l’État et du Gouvernement.
Aujourd’hui, alors que le peuple vous a confié sa destinée, arrêtons-nous un instant. Avec lucidité, dressons le bilan de cette première année. Comme le veut l’adage : « l’œil qui a vu ne ment pas ».
Un constat en demi-teinte
Sur le plan des infrastructures, le pays connaît une mue perceptible et incontestable. Nous reconnaissons les avancées dans les chantiers publics, la régularisation des situations administratives des fonctionnaires et le dynamisme des recrutements dans les forces de défense.
Cependant, une question s’impose, sans hypocrisie : le Gabonais se porte-t-il mieux qu’hier ? À cette interrogation, deux camps s’opposent. D’un côté, des collaborateurs qui, par intérêt, adoptent un raisonnement mécanique pour vous dédouaner systématiquement : « c’est la faute du régime déchu », « le Président est élu pour sept ans »… De l’autre, une réalité sociale qui gronde.
Les freins institutionnels et la gestion des projets
Nous constatons que le cumul des fonctions de Chef de l’État et de Chef du Gouvernement alourdit les procédures. Il offre surtout un prétexte commode aux ministres pour échapper à leur devoir d’évaluation : « c’est le Président qui décide de tout », disent-ils.
Par ailleurs, de nombreux chantiers lancés sous la Transition demeurent inachevés. Des « éléphants blancs » parsèment le Grand Libreville et l’arrière-pays, malgré des décaissements déjà effectués. Les services publics restent défaillants, les détournements de fonds persistent, et une justice à géométrie variable continue d’écorner l’image de notre pays. L’impunité des « grosses légumes » et l’enrichissement ostentatoire de certains proches, devenus milliardaires en moins d’un an, sont une insulte à la précarité du plus grand nombre.
L’urgence du quotidien
Monsieur le Président, comment comprendre qu’un pays doté d’une telle richesse hydrographique soit incapable d’assurer l’accès à l’eau et à l’électricité pour tous ? Les explications techniques sur la « poussée d’Archimède » sonnent comme une moquerie face à la détresse des ménages. Le panier de la ménagère, malgré les annonces, reste hors de contrôle et insoutenable.
Dans les secteurs clés (mines, bois, pétrole), les travailleurs sont clochardisés par une sous-traitance opaque, souvent gérée par des dignitaires du pouvoir. Enfin, 80 % des entreprises sur les grands chantiers ne garantissent aucune sécurité de l’emploi et négligent les déclarations à la CNSS, préparant ainsi une nouvelle vague de chômeurs.
Appel à la conscience
Monsieur le Président, le peuple vous a donné mandat pour servir l’intérêt de la nation. Je souhaite interpeller votre entourage : ceux qui soulignent ces défaillances ne sont pas vos ennemis. Un chef a besoin d’aiguillons pour se souvenir de la lourdeur de sa mission. Le « béni-oui-oui » freine la critique constructive et la décision juste ; il entretient chez les responsables un sentiment d’impunité dangereux.
En ce premier anniversaire, rappelons-nous que plus rien ne doit être comme avant. Pour que demain soit enfin meilleur.
Rufin Martial Oke Nze
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