Le Conseil national des Églises pentecôtistes, évangéliques et de réveil (Cneper) a annoncé son intention de mettre en place, dans les plus brefs délais, une carte professionnelle pastorale annuelle. Cette mesure phare, issue de la convention tenue du 8 au 10 mai dernier à Libreville, vise à restaurer l’éthique au sein d’une communauté religieuse souvent ébranlée par les polémiques.
Le monde pastoral gabonais s’apprête à vivre un tournant décisif. Réunies pendant trois jours dans la capitale gabonaise sous le thème inspirant : « Seulement, au point où nous sommes parvenus, marchons d’un seul pas », les instances dirigeantes du Cneper ont tranché : l’heure est à l’assainissement. Face à la multiplication des dérives, l’institution a acté la création d’un titre professionnel obligatoire pour ses membres.
Un instrument de régulation contre les « antivaleurs »
L’objectif affiché est clair : séparer le bon grain de l’ivraie. Pour le pasteur Gaspard Obiang, président du Cneper, cette carte annuelle ne sera pas un simple document administratif, mais un véritable levier de contrôle déontologique. « La Convention a adopté la mise en place d’une carte professionnelle pastorale annuelle, qui pourra être retirée à ceux qui ne respecteront pas l’éthique pastorale », a-t-il martelé, rappelant avec fermeté que « notre pays a trop souffert des antivaleurs ».
Cette décision intervient dans un contexte où les églises dites de « Réveil » sont régulièrement sous le feu des critiques. Entre scandales financiers, mœurs légères et pratiques spirituelles douteuses, l’image de cette confession religieuse s’est considérablement dégradée au fil des années.
Le cri d’alarme du gouvernement
La gravité de la situation n’a pas échappé aux autorités de la Vème République. Présent lors de la cérémonie de clôture au siège des Assemblées de Dieu du Gabon, le vice-Président du Gouvernement, Hermann Immongault, a dressé un constat sans concession sur l’état de la vie religieuse dans le pays.
« Le milieu religieux gabonais souffre aujourd’hui de dérives sérieuses qui affectent profondément la confiance des populations et portent atteinte à la dignité même de la vocation pastorale », a déploré le membre du gouvernement. Évoquant le « commerce de la foi » et les querelles de leadership qui empoisonnent les congrégations, il a souligné que ces divisions permanentes ne font que fragiliser la foi des fidèles.
La fin de l’impunité pour les « mercenaires de l’Évangile » ?
Pour de nombreux observateurs, cette initiative du Cneper est une réponse directe à l’anarchie qui règne dans certains lieux de culte. En instaurant une reconnaissance officielle, le Conseil espère décourager les « apprentis sorciers » et autres mercenaires de la foi qui utilisent la chaire à des fins mercantilistes ou personnelles.
Si cette réforme est saluée par une partie de la communauté chrétienne, elle soulève également des défis logistiques et de suivi : comment garantir l’impartialité des retraits de cartes ? Quel sera l’impact réel sur les églises non affiliées au Cneper ? Une chose est sûre, le secteur religieux gabonais entame sa mue pour tenter de regagner ses lettres de noblesse et la confiance de la nation.
Rufin Martial Oke Nze
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