Le Président Oligui Nguema, lors de son discours à la nation, le 15 juin dernier à l’Assemblée Nationale.Com.Présidentielle
Le passage du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, devant les deux chambres du Parlement le 15 juin dernier, continue de susciter de vifs débats au sein de l’opinion publique gabonaise. Si les annonces présidentielles ont globalement été saluées, certaines voix s’élèvent pour réclamer plus de transparence sur l’héritage financier du régime déchu. C’est notamment le cas d’Alain Batsielilit, un notable influent de la commune de Kango, qui appelle le chef de l’État à une vigilance accrue.
Plusieurs jours après le discours solennel du président de la République devant les députés et les sénateurs réunis en Congrès à Libreville, l’heure est aux analyses dans l’arrière-pays. À Kango, localité située à une centaine de kilomètres de la capitale, la prestation du chef de l’État a été suivie avec une attention particulière.
Le regret d’un inventaire financier manquant
Tout en reconnaissant la portée historique de cet exercice démocratique, Alain Batsielilit, figure locale et notable de Kango, estime que le président de la République a manqué une occasion cruciale de clarifier les comptes de la nation. Selon lui, la rupture avec l’ancien système d’Ali Bongo Ondimba aurait dû se matérialiser par des chiffres clairs et transparents.
« Très humblement, j’aurais souhaité, pour être un peu plus complet, qu’un état financier exhaustif de la nation lors de la prise de pouvoir accompagne ce narratif. Cela devait servir de coupure de gestion avec l’ancien régime et marquer la prise en main de l’actuelle équipe », a regretté le notable de Kango.
Pour ce dernier, dresser le bilan de la situation « calamiteuse » léguée par le régime déchu permettrait non seulement de mieux évaluer les efforts actuels de la Vème République, mais aussi de situer définitivement les responsabilités devant le peuple gabonais.
Entre espoir patriotique et doutes sur l’entourage présidentiel
Malgré cette réserve majeure, Alain Batsielilit ne nie pas les avancées significatives observées dans le pays depuis le coup de libération du 30 août 2023. Il salue notamment le pragmatisme du chef de l’État et la multiplication des chantiers d’infrastructures à travers le territoire national, qui redonnent espoir à de nombreux compatriotes.
Cependant, le notable exprime une profonde inquiétude quant au choix des hommes chargés de matérialiser cette vision sur le terrain. Il pointe du doigt le décalage entre la rigueur affichée au sommet de l’État et les pratiques de certains cadres de l’administration.
« Je reste très perplexe sur le choix des collaborateurs sectoriels retenus pour la mise en œuvre des différents chantiers. Au lieu d’être des modèles, certains s’illustrent par des comportements et des actes blâmables, aux antipodes de votre vision », a-t-il déploré publiquement à l’adresse du président.
Un appel à la vigilance au sommet de l’État
Cette sortie d’un notable du Gabon profond traduit un sentiment partagé par une partie de la population : la crainte de voir les efforts de la Vème République confisqués ou ralentis par des réminiscences des anciennes pratiques de gouvernance.
Cet appel direct et constructif à la vigilance, venu de la base, résonne comme un avertissement pour le sommet de l’État. Reste à savoir si ces interpellations citoyennes inciteront les autorités à opérer des ajustements au sein des équipes ministérielles et sectorielles pour garantir le succès de la refondation nationale.
Rufin Martial Oke Nze
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