Angoisse sociale à la « Baie des Cochons » à l’approche des démolitions.Gabonreview
À Libreville, l’approche du vendredi 26 juin plonge les habitants de la « Baie des Cochons » dans une profonde angoisse. Visées par une procédure de déguerpissement imminent pour libérer l’emprise publique d’un grand projet routier, des dizaines de familles redoutent de se retrouver sans abri. Entre impératif de développement urbain et détresse humaine, le curseur social pose question.
Le choc du bitume contre l’humain
Dans le troisième arrondissement de la capitale gabonaise, le sommeil est devenu un luxe pour les populations installées sur le domaine public de la Baie des Cochons. Selon les informations initialement relayées par notre confrère Gabon Review, les bulldozers sont attendus ce vendredi 26 juin pour lancer les premières opérations de démolition.
Sur place, le sentiment d’impuissance domine. Si la légalité de l’occupation est contestable — la plupart des résidents s’étant installés consciemment ou non sur une emprise de l’État —, l’urgence humanitaire, elle, est indiscutable.
Un calendrier scolaire qui aggrave la crise
Au-delà de la perte matérielle d’un logement, le calendrier choisi par les autorités suscite une vive incompréhension au sein de l’opinion publique. L’opération coïncide de plein fouet avec la période critique des examens officiels de fin d’année.
Comment de jeunes élèves pourront-ils affronter les épreuves du BEPC ou du Baccalauréat en toute quiétude alors que leurs maisons s’écroulent et que leurs familles se retrouvent projetées à la belle étoile ? Pour ces pères et mères de famille, briser le cadre de vie à quelques jours des examens équivaut à hypothéquer l’avenir scolaire de leurs enfants.
Désengorger Libreville : Un projet ambitieux mais à quel prix ?
L’opération s’inscrit pourtant dans une politique globale de transformation urbaine insufflée par les plus hautes autorités. Le projet prévoit l’aménagement d’une infrastructure moderne : une voie principale en béton armé traversant la Baie des Cochons, complétée par plusieurs axes secondaires. Cette route doit relier stratégiquement l’arrière du Centre hospitalier universitaire de Libreville (CHUL), le quartier Petit-Paris et le carrefour Léon Mba.
Pour les autorités, cette nouvelle configuration routière est cruciale. Elle vise à fluidifier définitivement les déplacements entre :
- Le grand marché de Mont-Bouët,
- Le centre-ville,
- Le boulevard Bessieux.
Ces secteurs comptent parmi les axes les plus saturés et les plus fréquentés de Libreville.
L’appel à un arbitrage digne et responsable
Il est évident que le désenclavement et la modernisation de la capitale sont nécessaires pour le bien commun. Cependant, l’intérêt public ne saurait s’affranchir de la dignité humaine. Les occupants de la Baie des Cochons ne sont pas des marginaux ou des délinquants ; ce sont des compatriotes pris au piège de l’extension urbaine.
Avant que le premier coup de pioche ne soit donné ce vendredi, le Gouvernement se doit d’apporter des réponses claires sur le relogement imminent et approprié de ces familles. Prioriser les infrastructures au détriment des hommes créerait une crise sociale majeure dans le troisième arrondissement. Le développement d’une nation se mesure aussi à sa capacité à protéger ses citoyens les plus vulnérables.
Rufin Martial Oke Nze
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