Le Centre psychiatrique de Melen a récemment mis en place le numéro vert 1324 pour signaler les personnes souffrant de troubles mentaux en errance à Libreville.Cette décision fait suite à un incident survenu près de l’échangeur du Lycée d’État de l’Estuaire, où un homme en crise a jeté des projectiles sur des piétons et des véhicules. Si l’initiative semble salutaire à première vue, elle suscite de vives interrogations au sein de l’opinion publique quant à sa réelle efficacité.
Une solution d’urgence face à un problème décennal
Pour de nombreux Librevillois, cette mesure s’apparente à une réaction tardive. L’errance des personnes en situation de vulnérabilité psychique dans les artères de la capitale n’est pas un phénomène nouveau. Elle dure depuis des décennies.
Le Centre psychiatrique de Melen, structure unique et historique, souffre cruellement de maux structurels connus de tous :
- Une exiguïté chronique face au nombre croissant de patients.
- Des infrastructures vétustes qui ne répondent plus aux normes médicales modernes.
- Un manque criant de logistique d’urgence pour des interventions rapides.
Dès lors, une question se pose : suffit-il d’un numéro vert pour capturer et prendre en charge dignement ces compatriotes en quelques minutes ? Beaucoup y voient une simple opération de communication en cette période de rentrée scolaire.
Les attentes envers les nouvelles autorités
La prise de pouvoir par les hommes en treillis portée par le président Brice Clotaire Oligui Nguema avait suscité l’espoir d’une rupture avec les anciennes pratiques. Pourtant, sur le terrain de la santé mentale, les lignes peinent à bouger. Quelle est la véritable politique sociale mise en place par l’exécutif pour redonner de la dignité à ces pères et mères de famille ?
Depuis son élection en avril 2025, le chef de l’État s’est-il imprégné des conditions de vie à l’intérieur de l’hôpital de Melen ? Au-delà des numéros d’urgence, le public attend des réformes de fond : investissements massifs dans les structures d’accueil, réinsertion sociale et prise en charge médicale gratuite.
Au-delà du rétablissement de l’ordre : quelle dignité humaine ?
Face à l’impuissance publique, le débat s’enlise parfois dans des interrogations sombres sur le sort réservé à ces populations délaissées. Faute de prise en charge adaptée, l’abandon de ces compatriotes à l’humiliation de la rue interroge la conscience collective.
Le projet de société de la Vème République qui repose principalement sur « l’essor vers la félicité des Gabonais », ne saurait exclure cette catégorie de Gabonais. Le gouvernement doit proposer des solutions pérennes pour mettre fin à l’errance psychiatrique, non seulement à Libreville, mais aussi dans l’arrière-pays.
Le numéro vert 1324 ne doit pas être un cache-misère, mais le premier maillon d’une chaîne de soins enfin humanisée.
Rufin Martial Oke Nze
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