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Urgence humanitaire à Libreville : le cri de détresse étouffé des malades mentaux de nos rues

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Derrière le faste urbain, le cri de détresse étouffé et sans filtre des malades mentaux abandonnés à eux-mêmes au Gabon. ParacletNews

Le Grand Libreville fait face à une augmentation alarmante et visible de personnes souffrant de troubles mentaux errant à l’abandon dans ses artères publiques. Parfois totalement dévêtus, ces compatriotes livrés à eux-mêmes offrent le spectacle d’une déchéance humaine qui interpelle notre conscience collective et interroge l’action des nouvelles autorités de la Vème République.

Le naufrage de Melen et le miroir de notre indifférence

Quiconque traverse Libreville, Owendo, Akanda ou Ntoum ne peut plus détourner le regard. Des hommes et des femmes, réduits à la déshumanisation la plus totale, se nourrissent dans les bacs à ordures et dorment à même le sol. Unique rempart psychiatrique du pays, le Centre National de Santé Mentale (CNSM) de Melen (au PK11) est totalement asphyxié, ne disposant historiquement que de 100 lits pour des milliers de malades à travers le territoire.

Cette saturation dramatique jette les malades dans la rue, avec des conséquences sanitaires et sécuritaires immédiates : insalubrité publique, cas d’agressions imprévisibles sur les passants, et détresse nutritionnelle extrême. Comment tolérer une telle misère dans un Gabon qui prône désormais la Restauration des Institutions, l’équité et la justice sociale pour tous ? Ne sont-ils pas des citoyens gabonais à part entière ?

Trois arguments massues pour l’action

Pour séduire et mobiliser l’opinion, trois réalités incontournables doivent guider la réflexion du gouvernement :

  • Un impératif de dignité humaine et de droits constitutionnels : La maladie mentale n’efface pas la citoyenneté. Ces personnes sont des pères, des mères, des frères et des enfants de familles gabonaises. Abandonner un malade psychique à la rue revient à bafouer le droit fondamental à la santé inscrit dans notre pacte social.
  • Une urgence de sécurité et de salubrité publique : La gestion de l’errance psychiatrique n’est pas qu’une affaire médicale, c’est aussi un enjeu de sécurité urbaine. Protéger la population générale contre les violences potentielles tout en offrant un cadre de vie propre exige le retrait et la prise en charge immédiate de ces profils vulnérables.
  • L’urgence d’une décentralisation des soins : Concentrer toute la réponse psychiatrique nationale sur le seul site de Melen est une erreur stratégique. Le gouvernement doit impérativement déployer des unités de soins psychiatriques de base dans les structures sanitaires des provinces de l’intérieur afin de désengorger définitivement la capitale.

Redonner de l’espoir

Récemment, le ministère de la Santé a esquissé des pistes de réflexion à la suite de visites de terrain, mais les promesses doivent désormais se traduire par des budgets et des actes concrets : extension des capacités d’accueil, formation de personnel spécialisé et création de vrais programmes de réinsertion sociale.

La reconstruction du Gabon ne se mesurera pas seulement à la beauté de ses routes ou à la solidité de ses institutions politiques, elle se jugera à la manière dont elle traite ses enfants les plus faibles et les plus vulnérables. Il est temps de rendre leur dignité à ceux qui l’ont perdue en chemin.

Rufin Martial Oke Nze


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