Le Président du Conseil National des Chefs de Quartiers du Gabon, Hilaire Mfoumbi Boussougou
À quelques jours de la célébration des 66 ans d’indépendance du Gabon, le Conseil National des Chefs de quartiers du Gabon (CNCQG) dresse son bilan. Trois ans après sa création, marquée récemment par l’adoption historique de leur statut officiel, l’heure est à la structuration. Reçue au siège national de l’organisation situé au quartier Sotega, dans le 2ème arrondissement de Libreville, la rédaction de ParacletNews a rencontré Hilaire Mfoumbi Boussougou, Commissaire Général du CNCQG. Entre avancées majeures, générosité des bienfaiteurs, défis de formation et plaidoyer social pour le troisième âge, il se confie sans détour.
ParacletNews : Monsieur le Commissaire Général, le CNCQG célèbre ses trois années d’existence. Quel regard portez-vous sur le chemin parcouru depuis la création de votre structure ?
Hilaire Mfoumbi Boussougou : C’est un sentiment de profonde fierté qui m’anime aujourd’hui. En trois ans, nous avons réussi à sortir la fonction de chef de quartier de l’isolement et de l’informel. Le CNCQG est né d’une volonté commune de redonner de la dignité à notre corporation. Aujourd’hui, nous formons une famille unie, structurée et écoutée. Nous avons réussi à asseoir la légitimité du chef de quartier comme un maillon essentiel, une véritable courroie de transmission entre l’administration centrale et les populations à la base. Le bilan est donc largement positif, car les fondations de notre maison commune sont désormais solides.
ParacletNews : Vous affirmez que le Conseil est désormais représenté dans les neuf provinces du Gabon. Comment s’est opérée cette expansion nationale ?
Hilaire Mfoumbi Boussougou : Ce déploiement national est la preuve de la vitalité de notre organisation. Du Woleu-Ntem jusqu’à la Nyanga, en passant par l’Ogooué-Maritime et le Haut-Ogooué, le CNCQG est désormais installé partout. Nous avons mené un travail de terrain intense pour installer nos bureaux provinciaux et coordonner nos actions. Cette présence globale nous permet d’avoir une cartographie précise des réalités de chaque province et de parler d’une seule et même voix face aux autorités du pays. Les chefs de l’intérieur ne se sentent plus oubliés.
ParacletNews : Il y a quelques mois, le gouvernement gabonais a adopté le statut des chefs de quartiers. En quoi cet acte juridique change-t-il concrètement votre quotidien ?
Hilaire Mfoumbi Boussougou : C’est une avancée historique, un véritable tournant pour nous ! Pendant des décennies, le chef de quartier a travaillé dans un flou juridique total, souvent assimilé à un simple bénévole sans prérogatives claires. Avec l’adoption de ce statut par le gouvernement, notre rôle est enfin codifié, reconnu et protégé par la loi. Cela renforce notre autorité face aux incivilités et clarifie nos rapports avec les mairies, les préfectures et les forces de l’ordre. C’est l’aboutissement majeur de nos trois premières années de combat.
ParacletNews : Comment financez-vous le fonctionnement de cette structure ?
Hilaire Mfoumbi Boussougou : Il faut être honnête, le fonctionnement d’une telle structure demande des moyens et l’État ne peut pas tout faire tout de suite. C’est ici l’occasion de saluer publiquement l’action patriotique d’un grand bienfaiteur, Monsieur Ngoua Mbina, Honorable député et Prophète de l’éternel Dieu. Grâce à sa générosité, les charges de ce siège social ont été considérablement allégées. Il a personnellement pris en charge le paiement d’un trimestre entier de location. De plus, il a équipé nos locaux en chaises et en matériel informatique de pointe. Ce soutien matériel et technologique nous permet de travailler dignement, de centraliser nos données et d’accueillir nos membres dans des conditions professionnelles. Nous lui exprimons toute notre gratitude.
ParacletNews : Le Gabon s’apprête à célébrer ses 66 ans d’indépendance. Les festivités démarrent ce 9 août par la Fête du Drapeau, suivie du défilé du 17 août. Quelle sera la contribution du CNCQG ?
Hilaire Mfoumbi Boussougou : L’indépendance de notre pays est un moment sacré, et les chefs de quartiers sont les gardiens de l’esprit républicain au sein des communautés. Pour la Journée nationale du drapeau ce 9 août, notre rôle sera d’impulser un grand élan civique. Nous veillons à ce que nos quartiers pavoisent aux couleurs nationales (Vert-Jaune-Bleu) et nous sensibilisons les populations, notamment les jeunes, sur le respect des symboles de la République. Pour le 17 août, nous serons mobilisés pour encadrer les festivités locales et faire de ces 66 ans un moment de communion et de fierté partagée.
ParacletNews : Malgré ces avancées, vous pointez du doigt un problème majeur de formation chez vos pairs, notamment la non-maîtrise des notions de droit et de la rédaction administrative. Quels en sont les risques ?
Hilaire Mfoumbi Boussougou : C’est notre principal défi actuel. Être chef de quartier aujourd’hui, ce n’est plus seulement régler des palabres sous un arbre. Le nouveau statut nous impose des responsabilités administratives. Or, beaucoup d’entre nous éprouvent de réelles difficultés à rédiger des rapports officiels ou à maîtriser les textes juridiques de base, notamment en matière de litiges fonciers ou d’état civil. Sans formation, nous risquons de commettre des erreurs de procédure ou de perdre en crédibilité face à des usagers de plus en plus instruits. Nous demandons donc formellement au gouvernement de mettre en place un programme de formation continue adapté à nos réalités. Par le passé, notre Conseil a déjà organisé une formation dans ce sens. Mais en raison de la modicité de nos ressources financières, nous nous tournons vers l’Etat pour poursuivre ces formations indispensables pour les Chefs de Quartiers qui sont aujourd’hui plus de 1000 sur toute l’étendue du territoire national.
ParacletNews : Vous portez également un plaidoyer fort pour le troisième âge, en réclamant la création d’une assurance maladie spécifique pour les chefs de quartiers du Gabon. Pourquoi est-ce urgent ?
Hilaire Mfoumbi Boussougou : C’est un cri du cœur pour la dignité humaine. Il faut savoir que la grande majorité des chefs de quartiers sont des personnes âgées, issues du troisième âge. Le travail de terrain est physiquement éprouvant : nous marchons sous la pluie et le soleil, nous gérons le stress des conflits communautaires à toute heure du jour et de la nuit. Pourtant, beaucoup n’ont pas de couverture sanitaire adéquate. Face à la maladie, le chef de quartier se retrouve souvent démuni. Nous demandons au gouvernement de créer un mécanisme d’assurance maladie spécifique pour nous protéger. Prendre soin de notre santé, c’est honorer ceux qui dévouent leurs dernières forces au service de l’État et de la communauté.
ParacletNews : Quel message fort souhaitez-vous adresser à la population gabonaise en cette période de ferveur nationale ?
Hilaire Mfoumbi Boussougou : Mon message est un appel vibrant à l’unité, à la paix et au vivre-ensemble. Chaque quartier du Gabon doit être un havre de paix et de solidarité. J’invite les populations à collaborer étroitement avec leurs chefs de quartiers. Nous sommes là pour vous servir, pour régler les litiges à l’amiable et pour maintenir la cohésion sociale. Restons soudés pour le développement de notre cher pays.
Entretien réalisé par Rufin Martial Oke Nze
Leave a comment