Destiné à marquer une rupture historique avec la législation obsolète de 1996, l’atelier national sur le projet de loi portant promotion et protection des droits des personnes handicapées a tourné au fiasco. Réunis les 15 et 16 octobre 2026 au Centre d’accueil de Nzeng-Ayong, dans le 6ème arrondissement de Libreville, les représentants de la société civile dénoncent une mascarade institutionnelle et un texte imposé à huis clos, loin du changement de paradigme tant promis.
Dans un témoignage au vitriol, Nyare Ndong Julien, Secrétaire Général de l’organisation « Handicap Sans Frontières » et figure historique du militantisme pour les droits des personnes handicapées au Gabon depuis plus de 30 ans, livre les coulisses d’une concertation qu’il qualifie de « simulacre ».
Une méthode opaque et des conditions « inacceptables »
Dès l’ouverture des travaux, la déception a rapidement remplacé l’espoir. Les participants de la société civile rapportent n’avoir reçu aucun document préalable avant le jour J. Une légèreté méthodologique qui, selon eux, s’apparente à un manque de respect flagrant pour une cause touchant des milliers de Gabonais.
« Comment préparer, analyser et proposer sur une loi qui doit changer nos vies en deux jours seulement et sans support à l’avance ? », s’insurge Nyare Ndong Julien.
La précipitation organisée est devenue flagrante lors de la seconde journée. Alors que les associations tentaient d’aligner le texte national sur la Convention des Nations Unies relative aux Droits des Personnes Handicapées (CDPH) ratifiée par le Gabon, les représentants de l’État ont opposé une fin de recevoir systématique. Face aux objections de fond, l’administration s’est retranchée derrière des formules directives : « Vous ne pouvez pas imposer les choses à l’État » ou encore « Vous intervenez avec trop de passion et d’émotions négatives ».
Le spectre du « copier-coller » et de la charité
Pour les militants, le constat est amer : les dés étaient pipés d’avance. Le texte soumis à validation ne serait qu’un « copier-coller » de l’ancienne loi 19/95 du 13 février 1996. Une législation jugée archaïque, qui maintient les personnes vivant avec un handicap dans une posture d’assistés et de charité, plutôt que de reconnaître leurs droits fondamentaux à une vie autonome.
Plusieurs anomalies graves ont émaillé la fin de cet atelier :
- Pression temporelle constante empêchant le débat ;
- Absence totale de restitution des travaux en plénière pour validation ;
- Disparition des officiels, l’absence de Madame la Ministre – qui devait clôturer l’événement – ayant servi de prétexte pour présenter des comptes-rendus vides de substance.
Le comble de l’atelier : l’obligation de se taire
L’indignation a atteint son paroxysme à la clôture de l’événement. Contre toute attente, et sous le regard de juristes officiels, l’État a imposé aux participants la signature d’une charte de confidentialité sur les travaux de leur propre loi.
« C’est un comble. Pour une loi sur le handicap, il aurait été plus digne de proposer une charte sur l’inclusion, et non une charte qui nous impose le silence », fustige le porte-parole de la communauté.
Un appel urgent au retrait du texte
Face à ce qu’elle qualifie d’injonction au silence, la société civile refuse de servir de caution morale. Par la voix de Handicap Sans Frontières, les militants exigent aujourd’hui le retrait pur et simple de ce projet de loi.
Ils réclament l’ouverture d’un véritable atelier inclusif, doté d’un cadre institutionnel fort, garantissant une structuration claire de l’aide sociale et, surtout, basé sur la co-construction. Pour les générations futures, la communauté du handicap au Gabon prévient : elle n’acceptera plus l’aumône en lieu et place de ses droits civiques.
Source: Handicap Sans frontières
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